L’IA générative aide les professionnels du droit à explorer des questions, à établir des liens et à dégager des pistes de réflexion. Un outil puissant pour faciliter et accélérer les recherches juridiques, avec une réserve essentielle : l’IA n’est pas une source de droit. Lorsqu’un argument est remis en question – par un juge, un confrère ou un client, par exemple –, un avocat doit pouvoir s’appuyer sur des fondements juridiques solides : la législation, la jurisprudence et la littérature spécialisée faisant autorité. Ce qui paraît convaincant à première vue doit également tenir la route sur le plan juridique.
La pertinence juridique grâce à un contenu faisant autorité
Les limites de l’IA
Ces derniers mois, les médias ont rapporté plusieurs cas de pièces de procédure contenant des références à des arrêts inexistants, à des manuels fictifs ou à des articles de loi erronément cités. Autant d’hallucinations classiques de l’IA : des plaidoiries qui semblent convaincantes, mais qui s’effondrent complètement dès qu’on les examine de plus près.
Ces exemples montrent clairement une chose : les bonnes formules ne suffisent pas. La qualité juridique réside dans le fondement d’un point de vue, et non dans son apparence convaincante.
L’illusion de réponses équivalentes générées par l’IA
Pourquoi les réponses générées par l’IA semblent-elles si plausibles ? Cela s’explique en partie par la similitude entre les différents outils d’IA. Quiconque utilise plusieurs solutions d’IA juridique en parallèle constate à quel point leurs réponses se ressemblent sur le fond : elles sont formulées avec clarté, structurées de manière logique et présentées de façon convaincante.
Mais cette similitude ne dit rien de la qualité juridique. Lorsque les outils d’IA juridiques fournissent des réponses dont le contenu est très similaire, cette comparabilité donne l’impression d’une équivalence. Ce qui explique pourquoi ces outils « semblent bien fonctionner », alors qu’ils comportent toujours un risque d’erreurs. La perception d’équivalence en dit long sur la formulation et la présentation, mais ne dit rien sur le niveau de professionnalisme.
Les conseils juridiques requièrent une « preuve mentale »
Dans ce contexte, Arnoud Engelfriet, juriste spécialisé dans les technologies de l’information et expert en IA, souligne l’importance de la preuve mentale, ou mental proof. En matière de conseil juridique, les clients ne recherchent pas seulement une réponse, mais aussi la preuve que la réflexion a bien été menée.
Un professionnel du droit formule rarement son point de vue de manière linéaire. Il pose des questions, examine les alternatives et évalue les risques. Certaines pistes sont explorées plus en profondeur, d’autres sont abandonnées. Ce processus de réflexion conduit à la formation d’un jugement.
La GenAI est capable de formuler une conclusion, mais il ne suffit pas qu’une réponse semble logique. Comme le décrit Arnoud Engelfriet, le conseil juridique repose également sur la preuve mentale : la capacité à démontrer que le raisonnement qui sous-tend une position tient réellement la route lorsqu’il est soumis à un examen critique.
Pour les clients, cela fait toute la différence : ils n’achètent pas une réponse, mais la certitude que le conseil repose sur une analyse approfondie. Et cette analyse dépend entièrement de la qualité des informations sur lesquelles s’appuie le professionnel du droit.
L’autorité juridique commence à la source
Des sources fiables et validées par des experts constituent le fondement du conseil juridique. Sans cette interprétation, les réponses générées par l’IA restent souvent superficielles. Elles esquissent la manière dont une question est généralement abordée, mais omettent souvent les nuances qui, font toute la différence, telles que les opinions minoritaires, les cas marginaux ou les interprétations divergentes.
Les réflexions d’auteurs expérimentés, consignées dans des articles, des commentaires et des manuels, fournissent justement ce contexte. Ces auteurs analysent la législation et la jurisprudence, examinent les différents points de vue et replacent les évolutions dans un contexte juridique plus large.
Lorsque l’IA est alimentée exclusivement par des sources fiables, le cadre de référence change. Les réponses gagnent en nuance, deviennent vérifiables et s’appuient sur des arguments juridiques plus solides.
Des résultats de l’IA à la prise de position juridique
L’IA générative a profondément transformé la manière dont les questions juridiques sont abordées, mais l’essence même du travail juridique reste la même : un professionnel du droit qui, à partir des informations disponibles, tire ses propres conclusions par le biais de l’analyse et de l’interprétation.
Car une analyse juridique de qualité ne repose jamais uniquement sur la technologie. Elle résulte de l’interaction entre des sources fiables et validées par la rédaction, des applications d’IA intelligentes qui mettent des liens en évidence et le jugement professionnel du juriste qui évalue et interprète ces informations. L’IA peut soutenir la recherche, mais c’est le professionnel du droit qui donne un sens à ce qui est juridiquement pertinent.
De cette interaction naît ce qui compte vraiment dans la pratique juridique : des informations étayées qui semblent convaincantes, mais qui résistent aussi à l’examen juridique. C’est là que réside la véritable pertinence juridique.