Legal12 mai, 2026

Jean Lagneaux : « le bon usage de l'IA dépend largement de sa formation de juriste »

Jean Lagneaux aime comprendre la logique d’une matière et l’aborder comme un puzzle, en identifiant les pièces manquantes ou mal agencées. Il cherche soit à proposer des solutions, soit à dégager des pistes permettant de composer avec les imperfections existantes. Il se réjouit d’abord d’avoir mené son texte à bien, puis pleinement lorsqu’il s’avère clair et utile aux autres.

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Jean Lagneaux

Jean Lagneaux est titulaire d’un master en droit de l’UCLouvain ainsi que d’un master de spécialisation en droit social de l’ULB. Avocat‑stagiaire depuis 2024 au sein du département de droit social du cabinet Coteaux, il pratique tant le droit du travail que le droit de la sécurité sociale. Il est l’auteur d’un premier ouvrage très remarqué, publié dans la collection « Etudes pratiques de droit social », consacré au temps de travail des médecins spécialistes en formation.

Pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours professionnel ?

Avec joie ! Je suis originaire du Hainaut (région d’Anderlues/Binche) et suis devenu brabançon à l’adolescence en suivant les affectations paternelles, qui étaient militaires.

De là, j’ai étudié à Wavre à l’Athénée Royal et ensuite à Louvain-La-Neuve à l’université. Je n’ai pas débuté le droit tout de suite, j’ai commencé par la science politique (1 an). C’est elle qui m’a fait découvrir le droit et j’ai trouvé ça beaucoup plus intéressant pour moi. J’ai tout de même gardé un grand intérêt pour les sciences humaines et sociales au sens large ainsi que pas mal de connaissances et de bons souvenirs de cette année.

Après mon master à l’UCL, j’ai effectué le master de spécialisation en droit social dont je garde un excellent souvenir dans l’ensemble tant des camarades que des professeurs et de la qualité du programme.

Professionnellement, comme beaucoup de monde j’ai eu l’occasion d’exercer différents jobs étudiants dès mes 17 ans ainsi qu’un stage volontaire auprès d’une fédération d’employeurs des soins de santé pendant 3 mois lors de mon master de spécialisation.

J’ai eu le plaisir de débuter mon stage d’avocat à la fin de cette longue période, chez Coteaux, où je suis encore (cela ne fait qu’un an et demi !).

Pourquoi avez-vous étudié le droit ? Quelles sont vos matières de prédilection et pour quelles raisons ?

C’est une matière fort éloignée de tout ce que je connaissais dans ma vie, je l’ai découverte bien tard, mais j’ai accroché très vite aux raisons d’être du droit dans un Etat qui est dit « de droit » et qui est l’un des soutènements de l’égalité politique et juridique.

Son rôle de pacification des relations sociales et d’organisation de la société, de mise en ordre de compromis politiques, économiques ou culturels issus de rapports de force parfois franchement violents comme les émeutes de mars 1886 récemment commémorées.

Cette façon de créer et faire vivre un Etat de droit est l’une des plus belles créations des 250 dernières années, sans exagération aucune, et qui n’est arrivé que récemment à maturité (à l’échelle humaine). Il est loin d’être parfait, mais il en vaut la peine.

J’ai eu l’occasion d’être confronté très tôt, un peu par hasard, au droit social à l’occasion d’un travail de première année de bachelier. Cela m’a tout de suite parlé, c’est une matière qui fait tout de suite ressortir ce dont je parlais précédemment, et qui m’a intimement beaucoup parlé car on baigne dès le berceau dans « le droit social ». Je le voyais bien avec mes premières expériences de travail, qui m’ont montré le pire comme le meilleur des relations de travail, ainsi qu’en observant ma propre famille.

Comment évaluez-vous vos premières expériences en tant qu’avocat ?

Plutôt bien ! J’ai la chance d’être mis à contribution sur des dossiers en droit social très variés puisque nous pratiquons quasiment tous les aspects du droit social tant en matière de conseil qu’en contentieux. Je ne m’ennuie pas, je découvre les joies et les peines du Barreau.

Le BAJ permet aussi d’encore plus varier les dossiers tout en contribuant à un service public au sens fonctionnel du terme.

Dans quelles circonstances avez-vous été amené à publier auprès de la maison d’édition Wolters Kluwer ? Comment s’est passé cette première expérience ?

De manière très simple, à l’issue de la défense de mémoire à l’UCL ma promotrice, la professeure Auriane LAMINE, et le professeur DORSSEMONT m’ont indiqué qu’il était une très bonne base pour envisager une publication si je le désirais.

J’ai pris des vacances tout de même, avant d’y songer. Nous avons ensuite discuté, Madame LAMINE et moi, de ce qu’il y avait à retravailler et j’ai contacté Charles-Eric CLESSE qui s’est montré intéressé pour la collection qu’il dirige chez Wolters Kluwer.

J’ai tout de même mis près d’un an et demi à opérer toutes les modifications et ajouts que je souhaitais, ainsi qu’à le faire relire en tout ou en partie de manière extérieure.

J’étais très heureux d’avoir abouti, j’espère juste maintenant que l’ouvrage a pu être utile pour son public.

Avez-vous aujourd’hui des nouveaux projets avec Wolters Kluwer ?

Un projet d’article dans Orientations et une mise à jour d’un ouvrage dont je ne suis pas l’auteur initial plus global sur la durée du travail. Du travail en perspective !

Quel plaisir trouvez-vous à rédiger un texte ? A analyser une matière ?

Je trouve cela étrangement satisfaisant de comprendre la logique d’une matière et de la faire jouer comme un puzzle.

On découvre ensuite les pièces qu’il manque ou qui sont mal achalandées pour avoir un beau puzzle et on tente de proposer soit des solutions pour y remédier, soit des solutions pour vivre avec le temps d’y remédier. Dans un premier temps on est déjà heureux d’avoir écrit son texte, ensuite on est heureux s’il est clair et utile aux autres.

Comment percevez-vous l’émergence des nouvelles technologies dans le monde juridique, quels impacts ont-elles, ou auront-elles, sur le travail d’analyse et de réflexion du juriste ?

J’avoue humblement ne pas être bien sûr de ce que je perçois. Comment analyser un phénomène tel que l’apparition de l’IA, puisque c’est la technologie que tout le monde a en tête désormais ?

Je ne partage pas nécessairement le catastrophisme ambiant entourant l’IA en ce qui concerne les juristes du moins, d’autres professions sont beaucoup plus exposées à une modification radicale de leurs conditions vers une dégradation voire une disparition.

J’ignore complètement quel stade atteindra l’IA, à l’heure actuelle je ne l’utilise guère que pour compléter des recherches ou comparer des documents. Certains confrères l’utilisent pour des rédactions simples et répétitives également. Ces opérations en elles-mêmes nécessitent toujours une vérification humaine. C’est tout de même un gain de temps certain, et cela permet de combler parfois des lacunes de sa propre lecture.

On est toutefois encore très loin du remplacement entier de personnes.

Le bon usage de l’IA en droit dépend largement à la fois de la connaissance qu’on a de l’IA et de sa formation de juriste. Il faut être bien formé pour comprendre l’intérêt et les limites de ce que l’IA sort comme résultat. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, en tant qu’avocats, nous avons déjà à gérer des clients qui ne se contentent plus d’internet mais effectuent des recherches IA souvent menées de façon malheureuse et nous challengent. Cela nécessite un travail accru de pédagogie.

Je m’inquiète, enfin, des questions de droit d’auteur que soulève l’entraînement et la mise à disposition du public (même payant) d’une IA. Les contentieux en la matière semblent commencer à émerger.

Je remercie d’ailleurs le Barreau de Bruxelles pour son cours introductif à l’IA. On en apprend beaucoup sur la technique des Large Language Model (LLM).

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