Legal 26 octobre, 2026

L’AI Act pour les fiscalistes et les experts-comptables : quel impact pour votre cabinet ?

L’AI Act est en cours de déploiement. Près de deux ans après son entrée en vigueur, les règles européennes continuent d’entrer progressivement en application, selon un calendrier qui s’étend jusqu’en 2030. Pour les experts-comptables, les conseillers fiscaux et les autres professionnels de la fiscalité, ce calendrier est tout aussi important que le contenu même du règlement, d'autant plus que l'IA est de plus en plus utilisée dans la pratique fiscale. Quelles sont les étapes clés à ne pas manquer ? Et que signifient concrètement ces règles européennes pour votre cabinet et vos collaborateurs ? En voici la ligne du temps.

L’impact de l’AI Act sur les cabinets d’expertise comptable 

L’AI Act repose sur une approche fondée sur les risques : plus un système d’IA est susceptible d’avoir un impact sur la santé, la sécurité ou les droits fondamentaux, plus les obligations qui lui sont applicables sont strictes.

Pour les professionnels de la fiscalité, l’AI Act se concrétise également. À mesure que l'IA s'intègre dans la recherche et les conseils fiscaux, les obligations en matière de transparence et d'utilisation responsable de l'IA apparaissent.

Quelles obligations liées à l’IA sont déjà en vigueur aujourd’hui ? Lesquelles doivent encore entrer en application ? Voici les principales étapes de mise en œuvre de l’AI Act. 

L’AI Act n’attend pas : les principales échéances 

12 juillet 2024 | Publication au Journal officiel de l’Union européenne

Le texte définitif de l’AI Act est publié au Journal officiel de l’Union européenne. Cette publication marque l’aboutissement du processus législatif européen.

1er août 2024 | Entrée en vigueur de l’AI Act

Vingt jours après sa publication, l’AI Act entre officiellement en vigueur. Les différentes obligations qu’il prévoit s’appliqueront toutefois progressivement au cours des années suivantes.

2 février 2025 | Premières obligations applicables, dont la maîtrise de l’IA

Les premières dispositions de l’AI Act entrent en vigueur. Certaines pratiques liées à l’IA sont interdites, notamment les systèmes qui manipulent le comportement des personnes, attribuent des scores sociaux ou permettent l’identification biométrique en temps réel dans les espaces publics, sauf dans des cas exceptionnels prévus par la loi. L’obligation relative à la maîtrise de l’IA entre également en vigueur à cette date. Les employeurs doivent veiller à ce que les collaborateurs qui utilisent l’IA disposent des connaissances nécessaires pour recourir à cette technologie de manière responsable.

2 août 2025 | Obligations applicables aux modèles d’IA à usage général (GPAI)

Les modèles d’IA à usage général (General-Purpose AI ou GPAI), tels que les grands modèles de langage ou de génération d’images pouvant être intégrés dans de nombreuses applications, doivent, à partir de cette date, respecter des obligations spécifiques en matière de transparence, de documentation et de gouvernance.

2 août 2026 | Article 50 de l’AI Act : la transparence devient obligatoire

L’article 50 de l’AI Act est en vigueur depuis le 2 août 2026. Le principe est clair : toute organisation qui utilise l’IA doit communiquer en toute transparence à ce sujet. Les agents conversationnels doivent indiquer qu’ils sont des systèmes d’IA, les logiciels de reconnaissance des émotions doivent en informer les utilisateurs et les contenus générés par l’IA doivent être clairement identifiés.

Une attention particulière est accordée aux contenus informatifs. Si vous utilisez l’IA pour informer le public sur un sujet d’intérêt général, vous devez le mentionner, sauf si un collaborateur contrôle préalablement le texte et que l’organisation assume la responsabilité de la version définitive.

Cette distinction est essentielle. Une newsletter ou une mise à jour fiscale générée par l’IA et diffusée sans validation rédactionnelle humaine est soumise à l’obligation de transparence. En revanche, si vous utilisez l’IA comme simple outil d’assistance, puis révisez vous-même le contenu et en assumez la validation finale, cette obligation ne s’applique pas. Vous assumez alors l’entière responsabilité de son contenu. En d’autres termes, la responsabilité repose en définitive sur la personne qui valide le texte.

Actualité : report pour l’IA à haut risque

Les obligations applicables aux systèmes d’IA à haut risque devaient également entrer en vigueur le 2 août 2026. Ce calendrier s’est toutefois révélé peu réaliste. Le 29 juin 2026, le Conseil a définitivement adopté le train de mesures Omnibus numérique sur l’IA, après son adoption par le Parlement européen. Les nouvelles échéances sont les suivantes : 

  • Systèmes d’IA à haut risque (annexe III) : report au 2 décembre 2027.
  • Systèmes d’IA à haut risque intégrés dans des produits réglementés (annexe I) : report au 2 août 2028.

Par ailleurs, l’accord prévoit une période transitoire allant jusqu’au 2 décembre 2026 pour l’obligation d’apposer un filigrane sur les systèmes d’IA existants ainsi qu’une extension des exigences simplifiées aux petites entreprises. 

2 décembre 2027 | Obligations relatives aux systèmes d’IA à haut risque (annexe III)

À compter de cette date, les systèmes d’IA autonomes utilisés dans des domaines sensibles, tels que le recrutement, l’évaluation de la solvabilité, l’éducation et le maintien de l’ordre, devront se conformer à l’ensemble des obligations applicables à l’IA à haut risque. Citons, à titre d’exemples, la gestion des risques, la documentation technique, la surveillance humaine et l’enregistrement dans la base de données de l’UE. 

2 août 2028 | Obligations relatives à l’IA à haut risque dans les produits réglementés (annexe I)

L’IA intégrée en tant que composant de sécurité dans des produits relevant de la législation européenne sur les produits, tels que les dispositifs médicaux ou les machines, bénéficie d’un délai supplémentaire d’un an dans le cadre de l’Omnibus numérique. À partir d’août 2028, les obligations relatives aux produits à haut risque s’appliqueront également ici dans leur intégralité : gestion des risques, documentation technique, surveillance humaine et enregistrement dans la base de données de l’UE.

31 décembre 2030 | Fin du régime transitoire applicable aux autorités publiques

Les systèmes d’IA à haut risque mis légalement en service par des autorités publiques avant le 2 août 2026 devront être pleinement conformes à l’AI Act au plus tard à cette date.

Votre cabinet fiscal est-il concerné par l’AI Act ?

L’AI Act ne vise pas expressément les fiscalistes et les experts-comptables, mais il leur est bel et bien applicable. Toute organisation qui utilise des systèmes d’IA, ou en fait utiliser par ses collaborateurs, peut être considérée comme un « déployeur » au sens du règlement. Tout cabinet d’expertise comptable , quelle que soit sa taille, qui recourt à un système d’IA est donc concerné.

Le calendrier est désormais clair. La prochaine étape consiste à déterminer ce que cela implique concrètement pour votre cabinet. 

Pour les cabinets d’expertise comptable, il est essentiel d'identifier en temps utile où et comment l'IA est utilisée, ainsi que les obligations qui s'y rapportent. De cette manière, l’AI Act devient un élément concret d'une utilisation responsable de l'IA dans la pratique quotidienne. 

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