Legal 04 novembre, 2026

Aymeric Nollet : « Le droit fiscal est au cœur des débats de notre société »

Nous avons demandé à Aymeric Nollet (Université de Liège et Tiberghien Lawyers), le premier lauréat francophone du nouveau prix Nova Tax Awards de Wolters Kluwer Belgium récompensant les jeunes (- de 40 ans) auteurs en droit fiscal, ce qui le motivait à enseigner le droit fiscal et à s'y consacrer dans l'écriture également.

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Aymeric Nollet

Professeur de droit fiscal à l'ULiège (et Directeur du Master de spécialisation en droit fiscal de l'ULiège) et Avocat au barreau de Bruxelles (Bloom-Law puis Tiberghien), Aymeric Nollet a publié de nombreuses contributions en droit fiscal, notamment chez Wolters Kluwer dans les revues Actualités Fiscales, Fiscale Actualiteit, Revue Générale de Fiscalité et Comptabilité Pratique, ou encore dans le Manuel de droit fiscal - Tiberghien.

Pouvez-vous vous présenter et nous dire quelques mots de votre parcours ?

Je suis Professeur de droit fiscal à l'Université de Liège depuis 2017, où j'enseigne plus précisément à la Faculté de Droit et à l'Ecole de Gestion-HEC des cours de Principes généraux du droit fiscal, de Procédure fiscale, ainsi que de Fiscalité des entreprises et de Fiscalité des groupes de sociétés. En parallèle, je suis également avocat au barreau de Bruxelles depuis 2017 (de décembre 2017 à février 2026 au sein du cabinet Bloom-Law, et depuis mars 2026 au sein du cabinet Tiberghien). Depuis 2025, je suis par ailleurs devenu Directeur du Master de spécialisation en droit fiscal de l'ULiège.

Auparavant, à la suite de l'obtention de mes diplômes de Master en droit (en « mobilité universitaire » avec un Erasmus aux Pays-Bas) et de Master de spécialisation en droit fiscal (en finalité « fiscalité internationale et européenne ») de l'Université de Liège, j'ai été assistant puis doctorant-boursier au sein de l'Unité de droit fiscal de cette Université. J'ai ensuite obtenu le titre de Docteur en droit de l’Université de Liège et de l'Université d’Anvers (« Joint PhD »), pour une thèse soutenue en 2018, sous la co-promotion des Professeurs Marc Bourgeois (ULiège) et Bruno Peeters (UAntwerpen) sur le thème de l'inopposabilité au fisc des actes juridiques du contribuable en cas d'abus fiscal, dans le cadre du dispositif général anti-abus adopté par le législateur pour permettre à l’administration de rendre fiscalement inefficaces des procédés d'évitement de l'impôt licites (non frauduleux).

Pourquoi le droit fiscal ? Quelle matière en particulier ?

Le droit fiscal m'a attiré et passionné dès ma première rencontre avec cette matière, à travers le cours de « Droit fiscal général » qui était dispensé en dernière année du Master en droit. J'ai très vite apprécié ce droit à l'intersection des découpages que l'on fait habituellement entre droit public et droit privé. En effet, cette matière régit certes une relation de droit public entre une autorité (administration fiscale) et des personnes physiques ou morales (contribuables), mais elle mobilise également des concepts juridiques issus des nombreuses autres branches du droit auxquelles elle se réfère (droit civil, droit des sociétés, droit comptable...). En outre, la législation fiscale est un instrument de politique économique, sociale, culturelle, environnementale, ce qui place celui qui étudie et enseigne cette matière au cœur des débats publics qui traversent et qui font vivre notre société contemporaine.

À l'intérieur du droit fiscal qui comporte désormais tant de sous-branches (selon le type d'impôt - direct ou indirect... -, et le niveau de pouvoir concerné - fédéral, régional ou local -, sans parler de l'incidence du droit international et du droit européen...), et à côté des impôts sur les revenus des entreprises qui occupent une place importante dans ma pratique, j'aime en particulier enseigner (et écrire sur) les principes généraux du droit fiscal, pour leur côté « transversal », se déployant par-delà les cloisonnements entre les différents impôts, ainsi que la procédure fiscale, pour les équilibres (toujours perfectibles) qu'elle se doit de ménager entre les pouvoirs nécessairement exorbitants de l'administration fiscale et les droits fondamentaux qui sont invocables par les contribuables.

J'aime enseigner (et écrire sur) les principes généraux du droit fiscal, qui se déploient par-delà les cloisonnements entre les différents impôts, ainsi que sur la procédure fiscale, pour les équilibres (toujours perfectibles) qu'elle doit ménager entre les pouvoirs exorbitants de l'administration fiscale et les droits fondamentaux des contribuables.

Vous avez participé à la refonte du Manuel Tiberghien de droit fiscal. En quoi consiste la rédaction d'un manuel de référence à une époque d'inflation de la législation fiscale et d'émergence d'outils d'intelligence artificielle ?

Je me suis en effet chargé, depuis l'édition 2026, de refondre l'introduction générale du Manuel de droit fiscal - Tiberghien, qui comporte notamment l'exposé de tous les principes généraux qui encadrent notre droit fiscal (de l'adoption de la norme fiscale par le législateur fiscal à son application par l’administration et les juges). J'ai essayé de ne pas me contenter d'ajouter simplement des références d'actualités liées à la dernière année écoulée, mais de repenser la présentation systématique des différents principes, en particulier ceux qui ont connu d'importantes évolutions jurisprudentielles ces dernières années.

La place qu’occupe ce Manuel dans le paysage des ouvrages de droit fiscal en Belgique me semble cardinale car son ambition d'être à la fois synthétique et éclectique, à la fois concis et précis, en fait un excellent point de départ pour se faire aperçu général à propos d'un impôt donné de notre système fiscal ou bien d'une règle particulière relative à cet impôt, et ce au regard de la doctrine des auteurs francophones comme néerlandophones. Cet ouvrage me parait d'autant plus capital à l'ère de l'IA « tout public » et des dangereuses hallucinations ou approximations qu'elle produit encore (trop) souvent, ne concédant elle-même jamais son ignorance ou son incompétence en la matière. Le Manuel se présente alors comme un repère dans la brume, un phare dans la grisaille, pour guider les étudiants ou praticiens (juristes fiscalistes ou autres) à naviguer dans les eaux troubles et mouvantes du droit fiscal belge.

Que vous apporte spécifiquement l'écriture (en droit fiscal) ?

Depuis mes premières contributions scientifiques publiées au début de ma recherche doctorale, j'ai toujours aimé tous ces exercices de rédaction, qu'ils soient synthétiques ou plus analytiques, qu'il s'agisse d'articles de revues ou (de parties) d'ouvrages, pour la rigueur que cela exige et la créativité que cela permet. Je n’aime vraiment comprendre un point de matière pour moi-même que pour ensuite le partager avec autrui et me confronter à son point de vue ou à sa compréhension. Dans l'écriture (comme dans l’enseignement), j'aime chercher un angle d'attaque, trouver un fil conducteur, m'y tenir et proposer ainsi une présentation la plus originale et systématique possible du point de matière examiné. Mais j'aime aussi lire les propos d'autres auteurs en droit fiscal, m'abreuver à la source des plus belles plumes, de sorte que le plaisir de l'écriture équivaut et alterne chez moi avec le plaisir de la lecture.

Vous êtes le lauréat de la première édition du Nova Tax Award organisé par Wolters Kluwer. Comment avez-vous vécu cette expérience ?

Cela fait tout d'abord très plaisir d'obtenir un prix destiné à un « jeune » auteur (de moins de 40 ans) quand on peut avoir soi-même l'impression de prendre de l'âge...

Plus sérieusement, j'ai été vraiment très honoré par l'attribution de ce prix de la part de cet éditeur juridique incontournable en Belgique (et à l'international), dont j'ai toujours apprécié la richesse et la diversité des contenus et formats proposés en droit fiscal belge, entre les revues publiant des articles plus synthétiques (Actualités Fiscales / Fiscale Actualiteit) ou plus analytiques (Revue Générale de Fiscalité et Comptabilité Pratique / Algemeen Fiscaal Tijdschrift), ou encore les Manuels plus exhaustifs (parmi lesquels, notamment, le Manuel/Handboek Tiberghien...). Certaines de mes premières contributions rédigées à l'entame de ma thèse en 2012 avaient d'ailleurs été publiées dans les revues précitées. J'étais d'autant plus honoré de recevoir ce prix en apprenant que le comité d'attribution était à la fois composé d'académiques, de directeurs de rédaction et de praticiens chevronnés provenant des deux côtés du pays.

Cette récompense prestigieuse me donne encore plus de motivation à poursuivre mes travaux de recherches et de rédactions dans cette belle matière si importante et si passionnante.

Un nouveau prix décerné par Wolters Kluwer Belgium

Nous nous réjouissons du très bel accueil réservé à la première édition du Nova Tax Award. À travers cette distinction, nous entendons valoriser de jeunes auteurs fiscalistes de moins de 40 ans qui allient une expertise fiscale approfondie à la capacité de la transmettre dans des contenus de grande qualité, à la fois clairs, critiques et directement exploitables. Cette première édition a suscité 18 candidatures, totalisant 86 contributions : articles de lettres d'info, de revues, contenus monKEY et ouvrages. Autant dire que les membres du jury ont été bien occupés durant l'été. Le lauréat néerlandophone est Filip Debelva.

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