Legal 27 octobre, 2026

Peter Verschelden : « Dans un monde façonné par l’IA, la fiabilité de l’expertise ne fera que gagner en importance »

À l’occasion de cet anniversaire, nous avons rencontré Peter Verschelden pour revenir avec lui sur une carrière d’entrepreneur, d’expert-comptable, de réviseur d’entreprises et d’auteur. Très vite, la conversation s’est orientée vers une question qui préoccupe aujourd’hui de nombreux professionnels : quelle place l’expertise conserve-t-elle à l’heure où l’IA devient toujours plus accessible ? Sa réponse est sans équivoque : non pas moins, mais davantage. Car dans un monde où l’information est disponible partout et en permanence, les sources fiables, le jugement professionnel et l’expérience du terrain ne font que gagner en valeur. 

Peter Verschelden

Peter Verschelden est Executive Chairman de Moore Belgium et président du conseil d’administration de Companionco BV. Il conjugue le développement de Moore Belgium et de Companionco avec son activité toujours bien présente d’expert-comptable et de réviseur d’entreprises auprès d’entreprises familiales. Fort de cette double expérience d’entrepreneur et de conseiller, il contribue à bâtir un groupe paneuropéen d’expertise comptable et de conseil axé sur le segment des entreprises de taille intermédiaire. Dès 2027, Moore Belgium poursuivra ses activités sous le nom d’Auren. Depuis de nombreuses années, il partage également son expertise professionnelle en tant qu’auteur pour Wolters Kluwer. En 2026, il a fêté ses 60 ans. 

Peter Verschelden

Entreprendre, innover et partager 

Lorsqu’il repense aux trente dernières années, Peter Verschelden ne cite pas une réalisation en particulier comme sa plus grande réussite. 

Vous avez eu 60 ans cette année et êtes auteur pour Wolters Kluwer depuis de nombreuses années. Si vous réunissez ces deux étapes importantes, de quoi êtes-vous le plus fier, en tant que professionnel et en tant que personne qui partage son savoir ? 

« D’un côté, je suis fier de ce que nous avons accompli chez Moore Belgium depuis mes débuts en 1995. Mais je suis surtout particulièrement fier de mon équipe. L’entrepreneuriat a toujours été un moteur important pour moi. À cela s’ajoutent deux autres valeurs essentielles : le partage et l’innovation. Le partage des connaissances en est une des formes. » 
Le partage des connaissances est une des formes du partage.

Pourquoi, en plus de diriger et de développer un grand cabinet de conseil, avez-vous toujours continué à consacrer du temps au partage de votre expertise professionnelle en tant qu’auteur ? 

« Je suis passionné par notre métier. J’ai toujours eu beaucoup de plaisir à donner des séminaires et à rédiger des articles. Aujourd’hui, je suis surtout actif au sein du comité de rédaction, tandis que mes collègues chez Moore ont repris en grande partie la rédaction des articles. J’aime progresser, tant sur le plan personnel que professionnel. Cela m’amène à apprendre sans cesse. Or, l’une des meilleures façons d’apprendre est souvent de dispenser soi-même des formations ou de rédiger des articles. » 

Qu’est-ce que votre activité d’auteur vous a appris que vous n’auriez probablement pas appris de la même manière dans votre pratique quotidienne d’expert-comptable, de réviseur ou d’entrepreneur ? 

« Lorsqu’on rédige un article, il faut approfondir considérablement la matière. Sans l’écriture, je n’aurais jamais acquis une connaissance aussi approfondie de notre métier. Cela m’a également aidé à asseoir ma position d’expert dans le secteur et m’a permis d’y gagner en notoriété. » 

De l’information à l’expertise 

Aujourd’hui, les professionnels ont accès à une quantité d’informations sans précédent. Peter Verschelden voit pourtant une différence fondamentale entre information et expertise. 

Selon vous, qu’est-ce qui distingue les connaissances librement accessibles de l’expertise sur laquelle un professionnel ose réellement fonder son action ? 

« Pour moi, tout commence par la fiabilité de la source. Wolters Kluwer a construit cette fiabilité au fil du temps. Lorsqu’on obtient une réponse de ChatGPT, il subsiste malgré tout un certain doute, aussi performant soit-il. » 

C’est la fiabilité de la source qui fait la différence.

Où réside aujourd’hui la valeur ajoutée d’un auteur expérimenté et spécialisé dans son domaine ? 

« Ma force a toujours résidé dans l’alliance entre la théorie et la pratique quotidienne. C’était vrai aussi bien pour les séminaires que pour les articles. Pour les auteurs d’aujourd’hui, cela n’a pas changé. » 

Cette combinaison de connaissances professionnelles, d’expérience du terrain et de jugement professionnel fait toute la différence entre une information disponible et une expertise sur laquelle les professionnels osent réellement fonder leur action. D’autant plus lorsque ces éclairages influencent directement le conseil donné ou les décisions prises. 

Comment la responsabilité d’un auteur évolue-t-elle lorsque ses analyses pèsent directement dans le conseil et la prise de décision ? 

« Avoir de l’impact est un sentiment formidable. Mais l’impact va de pair avec la responsabilité. Il ne faut pas en avoir peur, mais il faut avoir les épaules solides. Cela signifie qu’il faut maîtriser son dossier sur le bout des doigts. » 

L’IA transforme le travail, pas la valeur de l’expertise 

Dans son rôle d’entrepreneur, Peter Verschelden suit de près les évolutions de l’IA. Il ne considère pourtant pas la technologie comme un substitut à l’expertise. 

Selon vous, quel choix stratégique déterminera les cabinets de conseil qui resteront pertinents au cours de la prochaine décennie ? 

« Les organisations qui resteront pertinentes seront celles qui trouveront le juste équilibre entre, d’une part, investir dans l’IA et l’utiliser et, d’autre part, préserver la dimension humaine. » 

Les organisations qui resteront pertinentes trouveront le juste équilibre entre l’IA et la dimension humaine.

Vous avez déjà décrit l’IA comme une menace autant que comme une opportunité. Quels choix les organisations doivent-elles faire aujourd’hui pour tirer avant tout parti de cette opportunité ? 

« La concentration. Et surtout, il faut embarquer les collaborateurs dans cette évolution. Les organisations doivent mettre en place une gouvernance adaptée à l’implémentation de l’IA. » 

DES « AI CHAMPIONS » DANS TOUS LES SERVICES

Chez Moore, cette approche se traduit notamment par la mise en place d’une communauté d’« AI champions » : des collaborateurs issus de différents services et domaines d’expertise qui travaillent ensemble, au-delà des silos, sur les questions liées à l’IA. S’appuyant sur leurs compétences et leur intérêt pour l’IA, ils partagent leurs connaissances, explorent les possibilités offertes par la technologie et accompagnent leurs collègues. L’IA devient ainsi non pas un projet technologique isolé, mais une transformation à l’échelle de l’organisation, portée par ses collaborateurs. 

Dans quels domaines l’IA peut-elle, selon vous, améliorer sensiblement la qualité du conseil professionnel, et où se situe sa limite ? 

« Le conseil n’est pertinent que s’il est correctement transmis au client. Les clients ne lisent pas des notes complexes. Ils veulent deux, trois solutions tout au plus, directement applicables à leur problème, avec les avantages et les inconvénients ainsi que les conséquences de chacune. » 

L’IA peut accélérer la préparation, l’analyse et le traitement de l’information. La véritable valeur ajoutée apparaît toutefois au moment où ces enseignements sont traduits en choix concrets pour le client. 

Le jugement humain reste déterminant 

Quel rôle le jugement humain continuera-t-il à jouer à mesure que la technologie prendra en charge une part croissante de l’analyse et de la préparation ? 

« Ce rôle restera très important et continuera à faire la différence. » 

Si l’IA prend progressivement en charge une part croissante de l’analyse et de la préparation, où se situera alors la valeur distinctive du conseiller dans sa relation avec le client ? 

« Le conseiller doit transformer l’analyse de l’IA en solutions concrètes et utiles. » 

C’est là que résidera la valeur ajoutée de demain : non plus dans la collecte d’informations, mais dans leur interprétation, leur mise en perspective et l’accompagnement du client vers la bonne décision. 

Le conseiller doit transformer l’analyse de l’IA en solutions concrètes et utiles.

Ce qui reste inchangé 

Si vous deviez aujourd’hui recommencer votre carrière dans un monde où l’IA fait partie du quotidien, qu’est-ce que vous feriez délibérément de la même manière et qu’est-ce que vous changeriez radicalement ? 

« Je continuerais à faire les mêmes choses : investir dans les personnes, dans les relations humaines, continuer à partager et à entreprendre. » 

Sur un point, il agirait toutefois différemment : la composition de ses équipes. 

« Je ne changerais pas grand-chose, si ce n’est la composition de mon équipe. Avec ce que l’IA permet aujourd’hui, il faut d’autres profils. » 

Peter Verschelden résume ainsi sa vision de l’avenir. La technologie va transformer la manière dont les professionnels travaillent. Mais la confiance, l’expertise, le jugement professionnel et la volonté de partager les connaissances resteront les fondations sur lesquelles se construit une réussite durable.

Je continuerais à investir dans les personnes, dans les relations humaines. À partager. À entreprendre.
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