Julia est lauréate de la première édition du meilleur TFE en droit social 2025, organisée par Wolters Kluwer et l’ULB, avec son travail sur la gestation pour autrui et l’accès aux droits sociaux.
Julia Milkowski : « j’espère que mon travail sur la GPA pourra, à son échelle, contribuer à nourrir les débats et à éclairer certaines réflexions »
Julia Milkowski
Julia Milkowski est la lauréate de la première édition du prix du meilleur travail de fin d’études en droit social, organisé par Wolters Kluwer et l’ULB. Son sujet, « La gestation pour autrui en Belgique : quel encadrement de l’accès aux droits sociaux ? », porte sur un domaine encore très peu encadré, aujourd’hui au cœur des réflexions politiques de l’accord de gouvernement. Son travail fera l’objet d’une publication dans la revue Orientations et pourra constituer une source de pistes de réflexion.
Pouvez-vous vous présenter et nous dire quelques mots de votre jeune parcours ?
Je m’appelle Julia Milkowski, j’ai 25 ans. Mon parcours ne s’est pas construit de manière linéaire, mais plutôt comme une recherche progressive de ce qui me correspond réellement.
J’ai commencé mes études à Saint-Louis, avant de poursuivre un master en droit civil et pénal à l’ULB. Une fois diplômée, malgré ce parcours, j’ai ressenti un manque. J’avais le sentiment de ne pas encore avoir trouvé ma place.
J’ai alors choisi de continuer à explorer, de ne pas m’arrêter à ce premier aboutissement. C’est ce cheminement qui m’a menée vers une spécialisation en droit social à l’ULB, une évidence qui s’est imposée avec le temps.
Aujourd’hui, je travaille comme juriste généraliste en droit social dans le secteur public, un domaine dans lequel je me sens pleinement épanouie.
Pourquoi avoir choisi de vous spécialiser en droit social ? Quelle matière préférez-vous ?
Je pense que mon choix pour le droit social s’est fait assez naturellement, presque comme une continuité de mon propre cheminement. Après mon master, j’avais besoin de me rapprocher d’un droit plus humain, plus concret, qui touche directement à la réalité des gens.
Le droit social s’est imposé à moi comme une évidence, parce qu’il se situe précisément à cet endroit d’équilibre entre le cadre juridique et des enjeux profondément humains.
Je m’intéresse particulièrement aux matières liées au bien-être au travail et aux questions de sécurité sociale. Ce qui m’attire, c’est la manière dont le droit tente de s’adapter à des réalités humaines complexes, notamment lorsque les cadres juridiques existants ne suffisent plus à répondre aux situations concrètes.
Vous êtes la lauréate de la première édition du prix du meilleur travail de fin d’études en droit social, organisé par Wolters Kluwer et l’ULB. Comment avez-vous vécu cette expérience ?
C’était une expérience à la fois très enrichissante et profondément honorante pour moi. Mon premier mémoire, réalisé à l’issue de mon master en droit civil et pénal, ne m’avait pas complètement épanouie. Le sujet me parlait moins et j’avais eu du mal à m’y investir pleinement.
Tout l’inverse de mon mémoire en droit social, consacré à la GPA. Là, j’ai véritablement trouvé un sujet qui m’habitait. Les recherches, l’écriture, la réflexion… tout s’est fait avec une forme d’évidence et d’enthousiasme que je n’avais pas encore connue dans mon parcours académique.
Recevoir ce prix aujourd’hui, c’est bien plus qu’une reconnaissance : c’est la confirmation que suivre ce qui nous anime profondément a du sens. J’en suis très reconnaissante.
Je tiens d’ailleurs à remercier chaleureusement le jury ainsi que toute l’équipe de Wolters Kluwer pour leur confiance, leur encadrement et pour l’opportunité qu’ils m’offrent de publier un ouvrage. Voir mon mémoire prendre vie sous cette forme et faire l’objet d’un numéro spécial de la revue Orientations est une chance immense.
Votre travail concerne la GPA et les droits sociaux. Qu’est-ce qui vous a amenée à choisir ce sujet ? Comment l’avez-vous abordé ?
À l’origine, mon mémoire devait s’inscrire dans une réflexion plus large autour du bien-être au travail et de la maternité. Au fil des échanges avec mon promoteur, Monsieur Jacqmain, la question de la gestation pour autrui s’est naturellement imposée.
Ce qui m’a immédiatement frappée, c’est le silence du droit : un domaine encore très peu encadré, ni véritablement défini par la loi, ni clarifié par les textes. Ce vide juridique, loin de me freiner, a au contraire été un véritable moteur. Il m’a donné le sentiment qu’il y avait quelque chose à construire, à questionner, à proposer.
J’ai abordé ce sujet comme un espace de réflexion. J’ai d’abord analysé la GPA en Belgique, en la mettant en perspective avec ce qui se fait à l’étranger, afin de mieux comprendre les différents cadres juridiques et les enjeux sociaux qu’elle soulève. Ensuite, je me suis penchée sur l’accès, encore très limité, aux droits sociaux dans ce contexte.
Enfin, j’ai souhaité aller plus loin que le simple constat en formulant des recommandations. L’objectif était de penser une GPA à la fois éthique et encadrée, qui prenne en compte les réalités humaines tout en offrant une sécurité juridique aux personnes concernées.
Ce travail a été pour moi une manière de donner du sens au droit, en le confrontant à des situations concrètes, complexes et profondément humaines.
Votre travail va être prochainement publié dans un numéro spécial de la revue Orientations. En quoi cette première expérience éditoriale peut-elle vous enrichir ?
C’est une étape particulièrement marquante pour moi. Voir mon travail quitter le cadre académique pour être publié, partagé et potentiellement nourrir la réflexion d’autres professionnels donne une toute autre dimension à ce que j’ai écrit.
Cette première expérience éditoriale est une véritable opportunité d’apprentissage. Elle m’oblige à prendre du recul sur mon travail, à le rendre accessible, clair et utile au-delà du cadre universitaire.
Mais au-delà de cela, cette publication arrive à un moment particulièrement intéressant. Les questions liées à la gestation pour autrui sont aujourd’hui au cœur des réflexions politiques. Le nouvel accord de gouvernement (2025–2029), mené par Bart De Wever, prévoit notamment l’élaboration d’un cadre législatif encadrant une GPA altruiste dite « de haute technologie », tout en interdisant toute forme de GPA à visée commerciale.
Dans ce contexte, j’espère que mon travail pourra, à son échelle, contribuer à nourrir ces débats et à éclairer certaines réflexions, en apportant une analyse juridique mais aussi humaine de ces enjeux.
C’est à la fois un honneur et, peut-être, une manière de participer à quelque chose de plus grand.
Quels conseils donneriez-vous à de jeunes juristes pour la réalisation de leur TFE ?
Le premier conseil que je donnerais, sans hésiter, est de choisir un sujet qui les passionne réellement. Pour moi, l’implication dépend en grande partie de cet intérêt.
Ensuite, il est essentiel de s’y prendre à l’avance. Cela permet de laisser mûrir sa réflexion, de ne pas subir les délais et surtout de travailler avec plus de sérénité.
Je pense aussi que la structure est une étape clé. Construire une table des matières solide, validée par son promoteur, donne une direction claire et facilite énormément l’écriture par la suite.
Enfin, je dirais qu’il ne faut pas avoir peur de s’approprier son sujet, de proposer, de questionner. Un mémoire n’est pas seulement un exercice académique : c’est aussi une occasion de développer sa propre réflexion.
Comment percevez-vous l’émergence des nouvelles technologies dans le monde juridique ? Quels impacts ont-elles, ou auront-elles, sur le travail d’analyse et de réflexion du juriste ?
L’émergence des nouvelles technologies, et en particulier de l’intelligence artificielle, représente une évolution importante pour le monde juridique. Ces outils facilitent l’accès à l’information et permettent d’obtenir rapidement une première compréhension d’un sujet.
Cela peut constituer un véritable appui dans le travail du juriste, notamment pour dégrossir une matière ou mieux comprendre certains mécanismes complexes.
Cependant, je pense qu’il est essentiel de garder une certaine prudence. Le contenu généré, en particulier en matière juridique, peut encore manquer de fiabilité ou de précision. Le droit exige une rigueur et une exactitude qui ne laissent pas de place à l’approximation.
Surtout, je reste convaincue que ces technologies ne remplaceront jamais la réflexion humaine. Le travail du juriste ne se limite pas à appliquer des concepts ou à restituer des informations. Il implique une capacité d’analyse, de nuance, d’interprétation, mais aussi une sensibilité aux enjeux humains qui entourent chaque situation.
L’intelligence artificielle est donc, à mes yeux, un outil précieux, mais qui doit rester au service du juriste, et non s’y substituer.