Fiscalité et comptabilitéjuin 01, 2026

Sceptique face à l’IA? Pourquoi les cabinets fiscaux doivent d’abord miser sur l’intégration des données

Points clés

  • Le succès de l’IA en fiscalité dépend davantage de l’intégration des données que d’une technologie de pointe.
  • Les déclarations à faible interaction éliminent le travail inutile tout en préservant le jugement professionnel et la responsabilisation.
  • L’IA doit soutenir les flux de travail et les réviseurs, et non remplacer la supervision humaine ou la prise de décisions.

Pourquoi les flux de travail intégrés (et non le battage médiatique) constituent le véritable fondement du cabinet fiscal moderne


Pour de nombreux fiscalistes au Canada, l’hésitation face à l’intelligence artificielle (IA) ne relève pas de la peur du changement. C’est une question de responsabilité.

La fiscalité est une profession fondée sur l’exactitude, la responsabilité et la confiance. Chaque déclaration comporte des risques. Chaque production de déclaration exige du jugement. Et toute nouvelle technologie soulève une question légitime : est-ce que cela rend mon travail meilleur et plus rapide, ou simplement plus compliqué?

Ce scepticisme est sain. En fait, c’est exactement ce qui a aidé la profession à évoluer avec prudence et crédibilité au fil du temps.

Mais voici la réalité à laquelle les cabinets sont confrontés aujourd’hui : la complexité ne cesse d’augmenter. Les exigences en matière de conformité demeurent élevées. Les attentes des clients continuent d’augmenter. Et les cabinets doivent de plus en plus développer leurs services et leur rentabilité, sans pour autant augmenter leurs effectifs au même rythme.

Dans ce contexte, la conversation ne devrait pas commencer par « à quelle vitesse pouvons-nous adopter l’IA? » Elle devrait plutôt débuter par une question plus pratique : « Comment pouvons-nous réduire les frictions, le travail en double et les risques évitables dans les flux de travail fiscaux, sans compromettre le jugement professionnel? »

Même pour les 70 % de cabinets qui prévoient augmenter leurs investissements en IA au cours des trois prochaines années, la réponse commence par des données et des systèmes intégrés.

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Le véritable goulot d’étranglement n’est pas l’intelligence, ce sont les données cloisonnées.

La plupart des fiscalistes n’éprouvent pas des difficultés parce qu’ils manquent d’expertise. Ils peinent parce qu’ils passent trop de temps à gérer les transferts de dossiers, à chercher des réponses à leurs questions et à saisir de nouveau des données, au lieu d’exercer leur jugement. Pensez aux problèmes courants :

  • saisie répétée des données des clients dans plusieurs systèmes;
  • documents reçus par différents canaux et sous différents formats;
  • rapprochement manuel entre les questionnaires clients, les documents sources et les déclarations;
  • cycles de révision dictés par des lacunes dans les processus plutôt que par des problèmes de fond.

Chaque point de contact supplémentaire augmente les risques de retard ou d’erreur. Et aucun d’eux ne rend le résultat final plus pertinent ou justifiable.

C’est pourquoi la qualité et l’intégration des données méritent une attention renouvelée. Près d’un tiers des cabinets (30 %) déclarent que moins d’un quart de leur infrastructure technologique est intégrée. Quand les systèmes ne communiquent pas entre eux, l’automatisation échoue et la génération de renseignements s’interrompt.

En revanche, les cabinets à forte croissance sont nettement plus susceptibles d’avoir la majeure partie de leur infrastructure technologique intégrée. Cela s’explique par le fait que les systèmes connectés permettent aux données de circuler de manière fluide entre les flux de travail, ce qui améliore l’efficacité aujourd’hui et crée une base pour la croissance de demain.

Pourquoi l’intégration des données est le fondement des déclarations de revenus à faible interaction

L’expression déclaration de revenus à faible interaction peut sembler troublante, comme si les professionnels étaient écartés du processus. Ce n’est pas le but.

Une déclaration de revenus à faible interaction, ou agentique, ne veut pas dire qu’on ne fait rien. Il s’agit plutôt de supprimer les interventions inutiles pour que celles qui restent soient vraiment cruciales. Dans un flux de travail fiscal agentique :

  • les données sont saisies une seule fois et circulent de manière cohérente tout au long de la déclaration;
  • les professionnels se concentrent sur la révision, le jugement et les exceptions;
  • les erreurs sont signalées plus tôt, et non découvertes à la dernière minute;
  • le temps de révision est consacré à l’évaluation du fond, et non à la correction des erreurs évitables.

La supervision humaine ne disparaît pas. La responsabilité ne change pas. L’objectif est simplement de réduire le superflu afin que les professionnels puissent se concentrer là où leur expertise ajoute le plus de valeur.

Si vous faites déjà confiance aux logiciels pour les calculs, la validation et le signalement des anomalies, l’IA n’est que l’étape suivante, appliquée avec prudence, dans des limites claires, et au service d’une meilleure révision humaine, et non d’une diminution de celle-ci.
Rocco Impreveduto

La place de l’IA dans la fiscalité… et là où le jugement humain reste essentiel

Pour de nombreux fiscalistes, le scepticisme à l’égard de l’IA est ancré dans un besoin de clarté, et non dans la peur. L’IA n’est pas une solution miracle, elle ne remplace pas le jugement professionnel et ne devrait pas être considérée comme la solution ultime pour les dossiers fiscaux complexes. Des problèmes surviennent lorsque l’IA est présentée comme plus performante, ou plus autonome, qu’elle ne devrait l’être. L’IA ne devrait pas prendre de décisions concernant la production des déclarations. Elle ne devrait pas remplacer la révision ou l’approbation humaine. Et elle ne devrait jamais fonctionner sans transparence ni responsabilité.

Utilisée judicieusement, l’IA peut toutefois s’avérer très utile dans le flux de travail fiscal. Par exemple, l’IA peut :

  • résumer les documents sources consultés par les professionnels;
  • signaler les incohérences ou les anomalies plus tôt dans le processus;
  • effectuer le suivi des renseignements manquants et repérer où une déclaration est bloquée;
  • mettre en valeur les changements d’une année sur l’autre pour que les réviseurs sachent où concentrer leurs efforts en premier.

De l’automatisation à l’orchestration, sans perdre le contrôle

Plus les données sont intégrées, plus les logiciels dépassent le stade de la simple automatisation des tâches individuelles. Ils peuvent aider à coordonner le travail entre les processus.

Par exemple :

  • suivi de l’avancement tout au long des étapes de préparation et de révision;
  • détection des éléments manquants et suggestion des prochaines actions;
  • signalement des exceptions pour examen humain;
  • création de flux de travail plus clairs et plus prévisibles pendant les périodes de pointe.

Ce type de capacité est souvent qualifié d’IA agentique. Le terme peut sembler intimidant, mais le comportement est simple : un logiciel qui aide à gérer le travail, et non à remplacer les professionnels. Et surtout, cela ne fonctionne que lorsque les données sous-jacentes sont connectées et fiables.

Pourquoi la qualité des données et la modernisation des flux de travail stimulent la croissance au-delà de la conformité

L’argument commercial en faveur des flux de travail agentiques intégrés va bien au-delà du simple gain de temps pendant la saison d’impôt. Les cabinets qui ont modernisé leurs fondations de données constatent des résultats tangibles : une rentabilité accrue, une meilleure rétention des clients et une plus grande capacité à élargir les services consultatifs.

Et c’est important, car les services consultatifs ne sont plus un cas d’exception. Par exemple, au Canada, 90 % des cabinets proposent désormais des services consultatifs, et près de la moitié prévoient élargir davantage leur offre au cours de la prochaine année. Cette transition ne s’obtient pas en multipliant les heures de travail, mais en créant de la capacité.

La conformité à faible interaction permet aux cabinets de protéger leurs marges tout en investissant du temps là où les clients perçoivent le plus de valeur.

Une approche pratique et à faible risque pour préparer les cabinets fiscaux à l’adoption de l’IA

Pour les cabinets qui se montrent prudents face à l’IA, le progrès ne nécessite pas un grand bond en avant. Il exige de la méthode, en commençant par les principes fondamentaux qui rendent toute technologie avancée fiable et défendable.

  • Commencez par l’intégration et non par l’IA : reliez la saisie de données, les documents et les systèmes fiscaux centraux pour réduire la double saisie et garantir une circulation fluide des données tout au long du cycle de vie de la déclaration.
  • Uniformisez avant d’automatiser : des entrées propres, structurées et cohérentes améliorent la qualité des données et génèrent des résultats prévisibles et vérifiables.
  • Modernisez par phases ciblées et gérables : des cycles courts et bien définis réduisent la résistance, permettent de détecter les problèmes rapidement et offrent des résultats visibles sans perturber le rendement pendant la haute saison.
  • Utilisez l’IA uniquement là où elle élimine clairement les frictions : commencez par des cas d’utilisation délimités (résumé de documents, copilotes de recherche, suivi des flux de travail et signalement des exceptions) pour instaurer la confiance et obtenir l’adhésion de l’ensemble du cabinet.
  • Concevez les rôles en fonction de la valeur, pas des tâches : à mesure que l’automatisation élimine le travail manuel, maintenez fermement le contrôle humain tout en réorientant le temps vers la révision, l’analyse, les services consultatifs et les interactions clients à plus forte valeur ajoutée.

En conclusion

L’avenir de la fiscalité ne réside pas dans une plus grande confiance à l’égard des machines, mais plutôt dans la conception de flux de travail qui respectent le temps, le jugement et la responsabilité des fiscalistes.

L’intégration des données rend cela possible. Les flux de travail agentiques en assurent la viabilité. De plus, lorsqu’elle est utilisée prudemment, l’IA permet aux cabinets d’agir avec plus de confiance, et non moins. Vous n’avez pas besoin de vous précipiter vers l’IA, mais vous devez concevoir un avenir où votre expertise est appliquée là où elle compte le plus.

Rocco Impreveduto Headshot
Vice President & Segment Leader, TAA Performance Wolters Kluwer Tax & Accounting
Rocco Impreveduto leads the TAA Performance segment at Wolters Kluwer, overseeing strategic direction, financial performance, and market expansion across the U.S. tax preparation and Canadian software portfolios.
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