IRRBB The big picture
Finance Conformité20 juillet, 2018

Le RTIPB : la vue d’ensemble en miniature

L’évaluation de diverses sources de risque de taux d’intérêt peut aider les établissements à mettre en œuvre d’autres régimes de surveillance et à devenir des entreprises plus efficaces.

Le risque de taux d’intérêt dans le portefeuille bancaire (RTIPB) (IRRBB - Interest Rate Risk in the Banking Book) n’est que l’un des nombreux cadres réglementaires que les établissements financiers doivent mettre en œuvre dans les mois et les années à venir. Ce qui le rend si important, c’est que la norme Bâle III finalisée englobe, directement ou indirectement, une grande partie de l’éventail des risques auxquels les banques sont confrontées. Lorsqu’elle est mise en œuvre correctement, un établissement financier peut en tirer des enseignements importants qui l’aideront à mettre en place d’autres éléments de l’architecture de surveillance, tout en servant également de ressource commerciale précieuse bien longtemps après la fin de la mise en œuvre.

Une gestion efficace du risque de taux d’intérêt est particulièrement importante dans l’environnement opérationnel incertain d’aujourd’hui. Les marges d’intérêt nettes, et donc les bénéfices des banques, ont été comprimées depuis la fin des années 90 par des facteurs naturels et artificiels qui ont fait baisser les taux d’intérêt.

Actuellement, les anticipations de taux repartent enfin à la hausse dans un contexte d’amélioration de la croissance économique mondiale. C’est de bon augure pour les marges, mais il reste à savoir quel sera le bilan de l’aplatissement des courbes de rendement sur de nombreux marchés obligataires et du démantèlement résultant d’une dizaine d’années de politique monétaire peu orthodoxe. La version finale du RTIPB comprend deux méthodes de mesure des niveaux de capital appropriés dans divers scénarios de stress : la valeur économique des capitaux propres (EVE) et le revenu net d’intérêt (NII), qui constituent une reconnaissance tacite de ce contexte difficile.

Les relations entre les différentes sources de risque, telles que les changements de liquidité résultant de développements économiques anticipés et imprévus, les asymétries de taux sur l’actif et le passif, les facteurs comportementaux qui se manifestent dans les réponses des clients aux mouvements de taux, les changements dans la forme de la courbe des rendements et beaucoup d’autres, sont délicates et complexes, souvent de manière imprévisible, quelles que soient les conditions d’exploitation des banques. Les comprendre, les mesurer et rendre compte de leur impact nécessite des approches similaires, sur un plan conceptuel et pratique, à celles nécessaires à la gestion des pratiques de rapports financiers, réglementaires et d’analyse des risques (FRR) en général.

À l’instar de la norme comptable IFRS 9, des procédures d’évaluation du capital telles que l’ICAAP et la CCAR et des différents ensembles de réglementations découlant des directives de Bâle III, les protocoles du RTIPB reposent fortement sur l’intégration organisationnelle (en particulier entre les fonctions clés telles que les risques, la finance et le reporting), la gestion de données sophistiquée et une analyse prospective fondée sur des principes. Le RTIPB peut donc servir de laboratoire pour tester à petite échelle dans quelle mesure un établissement financier est préparé à mettre en pratique les grandes idées qui sous-tendent le vaste régime actuel de gestion des risques et de reporting.

Si une banque met correctement en œuvre le RTIPB, y compris la modélisation, les calculs et les méthodes de rapports qui, ensemble, donnent une image complète du risque de taux d’intérêt et de la liquidité totale, alors elle sait qu’elle est probablement sur la bonne voie pour mettre en œuvre d’autres réglementations et normes. En particulier, le processus de mise en œuvre du RTIPB permet aux entreprises de vérifier l’exactitude des évaluations de liquidité effectuées via l’ICAAP et des cadres similaires, ainsi que de rapprocher tous les écarts.

Peut-être plus important encore, les principes et pratiques qui constituent la bonne approche du RTIPB peuvent aider un établissement financier à devenir une meilleure entreprise, et pas seulement une entreprise plus conforme et mieux gouvernée, en établissant des pratiques saines en ce qui concerne la gestion globale de l’actif et du passif. Le succès de la mise en œuvre de la norme fournira des détails essentiels sur les composants de risque et la contribution de chacun aux revenus et aux bénéfices, tout en simplifiant la gestion et l’analyse des données. Les rapports déposés auprès des régulateurs peuvent être le début d’un processus, et non pas la fin.

Faire simple d’une manière complexe

L’objectif que le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire a fixé aux établissements financiers via le RTIPB semble simple : il consiste à mesurer le risque sur les bénéfices lié à l’évolution des taux d’intérêt. Cependant, pour de nombreuses entreprises, y parvenir s’avère une tâche difficile pour deux raisons principales :

  • Les liens complexes entre les diverses composantes du risque de taux d’intérêt et les effets d’entraînement que les changements d’une composante auront sur les autres, rendent difficiles l’isolement et la mesure d’une source de risque unique. Par exemple, à mesure que les taux augmentent ou baissent, la liquidité est également susceptible de changer, affectant le montant des fonds disponibles à un taux donné. La modification des taux entraînera également des changements dans le comportement des clients, étant donné que des taux plus élevés (et des attentes en matière de taux d’intérêt en baisse) pourraient persuader les déposants de placer plus d’argent dans des dépôts à terme, tandis que des taux plus bas (et des attentes en matière de taux plus élevées) pourraient stimuler un refinancement plus important parmi les détenteurs de prêts hypothécaires. Ces changements de comportement auront à leur tour un impact sur les flux de trésorerie entrants et sortants, affectant ainsi la liquidité, et ainsi de suite.
  • Chaque service d’une banque serait susceptible de visualiser et de calculer le risque du point de vue de sa mission principale au sein de l’entreprise. Les responsables chargés de gérer la trésorerie pourraient se concentrer sur l’impact intrajournalier sur les systèmes de paiement et la gestion des liquidités dans des conditions d’exploitation normales et en temps de crise. Le service de conformité pourrait se concentrer sur les détails requis dans les divulgations périodiques. Les responsables des risques pourraient être davantage préoccupés par les tolérances dans les scénarios de crise et, pour le service des finances, l’objectif pourrait consister à intégrer la modélisation et les calculs des risques dans les meilleures pratiques commerciales.

La perspective d’une modélisation et analyse des risques de type « choisissez votre propre aventure » met en évidence la nécessité d’une intégration organisationnelle complète. Les vérificateurs d’une entreprise, sans parler des autorités de régulation, pourraient trouver pour le moins étrange de se voir présenter de multiples calculs produisant une gamme de résultats obtenus à l’aide de différents scénarios de probabilité exécutés dans différentes parties de la banque, tous prétendant donner un tableau identique de sa situation.

Afin de fournir aux régulateurs une image globale des risques ou toute autre information obligatoire, un établissement financier doit s’exprimer d’une seule voix, ce qui nécessite un système intégré de gestion des données qui lui indique ce qu’il doit dire. Un système idéal utilisera un ensemble unique de règles et de moteurs de calcul, ainsi que d’autres processus analytiques et modèles de prévision, afin de convertir les données de n’importe quelle source au sein d’une organisation dans un format commun et de les mettre à la disposition de tous les utilisateurs, à toutes fins utiles.

Un hub de données universel permet une analyse plus simple qui facilite l’évaluation des liens entre les différentes sources de risque et permet de décomposer les différentes composantes du risque, simplifiant les projections de revenus des activités et investissements existants et potentiels. La tarification peut être affinée grâce à une capacité accrue à mesurer dans quelle mesure chaque source de financement contribue à la rentabilité et à l’utilisation de fonds propres, tout en facilitant la gestion et l’optimisation du bilan. Si l’on regarde encore plus loin, un référentiel commun de données permet une analyse beaucoup plus rapide, ainsi qu’une application des données à de nouveaux usages.

Les bonnes pratiques de gestion du RTIPB varieront d’une banque à l’autre en fonction de sa combinaison d’activités et de l’endroit et de la manière dont elle exerce ses activités. Les méthodes de mise en œuvre devraient néanmoins avoir les objectifs communs suivants : développer une source unifiée de données propres, vérifiables et cohérentes qui seront utilisées pour combiner des évaluations disparates des risques en une seule image précise pour les régulateurs, en tant qu’un ensemble d’outils essentiels à utiliser en permanence pour optimiser le bilan et augmenter le chiffre d’affaires. Il est important de se rappeler que le travail lié au RTIPB est un processus sans fin fait d’expérimentations et de découvertes.

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