Fiscalité et comptabilité 17 février, 2022

« Les comptables doivent inciter leurs clients à réfléchir plus tôt à leur avenir »

Lorsque l’on pense à céder son entreprise, il faut veiller à ce que tout soit en ordre avant même de penser à accrocher l’écriteau « À vendre » sur la façade. Selon Guido Seghers de la Plateformedetransmission.be, il incombe aux comptables de proposer à leurs clients proactivement un plan pluriannuel. « En fait, une entreprise devrait pouvoir être “vendable” à tout moment, et il revient au comptable d’y veiller », déclare Guido Seghers, qui sera assisté de Marijke Van de Sompele, CEO de la société The Harbour, lors de l’évènement Taxville Online, pour expliquer aux comptables les différentes formes de financement possibles dans le cadre d’une cession d’entreprise. Notez que Quentin Santy, conseiller financier, se chargera de présenter la session en français. « Aux Pays-Bas, 40 % des fonds proviennent déjà de sources autres que les sources classiques. Mais, chez nous, les entreprises craignent encore trop souvent à tort d’exploiter au maximum cet éventail de financement », semble-t-il.

Le vieillissement de la population dans notre pays induit un départ massif de chefs d’entreprise à la pension et, par conséquent, un nombre croissant d’entreprises à céder. Il arrive de plus en plus qu'une entreprise tourne bien, mais aucun membre de la famille ne souhaite en reprendre les rênes.

« À défaut d’avoir un enfant qui reprenne les activités de l’entreprise, l’entrepreneur n’a d’autre choix que de se tourner vers un des membres du personnel, un collègue du secteur ou un sous-traitant. Mais, en réalité, ces options ne débouchent que rarement sur un candidat repreneur adéquat. Reste alors la possibilité de céder l’entreprise à un parfait inconnu », explique Guido Seghers de la plateforme d’Unizo Overnamemarkt.be, qui aide les vendeurs et les acquéreurs à se rencontrer et à finaliser leur projet.

Un trèfle à quatre feuilles fructueux

Selon Guido Seghers, les comptables jouent un rôle prépondérant dans l’accompagnement des entrepreneurs qui envisagent de vendre leur entreprise. « En fait, les comptables ne doivent pas attendre que les dirigeants d’entreprise les contactent pour des conseils dans le cadre de la cession de leur entreprise. Ils doivent inciter leurs clients à penser plus tôt à leur avenir. Ils doivent s’entretenir avec les quarantenaires et les quinquagénaires pour savoir comment ceux-ci envisagent l’évolution de leur entreprise et de leur carrière et élaborer ensuite ensemble un plan pluriannuel », ajoute-t-il.

Pour qu’une cession soit fructueuse, Guido Seghers estime qu’il y a quatre critères à respecter. Il faut que l’acquéreur et le comptable vérifient que l’entreprise est saine et que le cédant vend son entreprise pour les bonnes raisons. « Il faut éviter que le capitaine ne quitte le navire parce que les perspectives immédiates ne sont pas bonnes », précise-t-il. « Le modèle économique doit être transparent, les bénéfices manifestes et la structure sociale cohérente. » Il est dès lors essentiel que le vendeur et son comptable aient éliminé au préalable les écueils éventuels. « Les problèmes de permis ou d’infrastructure doivent être résolus avant même de songer à une cession, tout comme les éventuels litiges avec d’anciens travailleurs ou prestataires et les arriérés de paiement de la TVA ou de l’ONSS. Ce travail doit être effectué bien avant d’afficher l’écriteau “À vendre” sur la façade ou le site web de l’entreprise. »

Un prix raisonnable et un financement mixte

Un prix de vente raisonnable est essentiel pour parvenir à un accord. L’acheteur doit pouvoir être capable de rembourser celui-ci dans un délai raisonnable en se fondant sur de futures liquidités disponibles et visibles. « L’évaluation de la valeur résulte d’un calcul, le prix, quant à lui, résulte de négociations », explique Guido Seghers. Au cours des négociations, il est souvent question d’un éventail de financement. « Les possibilités sont beaucoup plus variées que ce que pensent les acheteurs et les comptables », souligne Marijke Van de Sompele du bureau de financement The Harbour, également invitée par Wolters Kluwer en tant qu’oratrice à Taxville Online. « L’époque où les banques finançaient trois quarts d’une acquisition est révolue. Aujourd’hui, les banques financent généralement 50 à 60 % du montant total, voire 70 % dans quelques dossiers exceptionnels très solides. Mais il ne faut pas pour autant enterrer ses rêves si l’on ne dispose que de 10 % de la somme en fonds propres, pourcentage que nous considérons comme le minimum ».

En tant que cédant, vous pouvez convenir d’un report partiel de paiement au travers d’un prêt subordonné qui permettra à l’acquéreur de payer une partie du prix de la transaction lorsque les crédits bancaires auront été remboursés ; c’est le fameux vendor loan ou crédit vendeur.

En outre, le cédant peut aussi convenir d’un earn out, une formule en vertu de laquelle l’entreprise est vendue à un prix convenu et qui contraint l’acheteur à payer un montant supplémentaire dès qu’il atteint certains chiffres d’affaires ou bénéfices. « Cela peut permettre de combler le fossé entre le prix exigé par le vendeur et celui auquel pensait l’acquéreur, le pourcentage restant convenu étant versé au vendeur uniquement en cas de résultat favorable au regard de paramètres fixés préalablement », observe Marijke Van de Sompele.

L’exemple néerlandais

Il est également possible d’obtenir un prêt subordonné auprès des instances publiques, ce prêt étant quasiment considéré par les banques comme des fonds propres. Les tarifs pour ce type de prêt sont généralement inférieurs à ceux appliqués aux capitaux externes. « Les prêts win-win qui consistent à impliquer son propre réseau ont également la cote. Souvent, il s’agit d’amis, de proches ou de connaissances qui croient en l’entreprise et qui prêtent des fonds sur une durée de 5 à 10 ans pour un rendement limité. Le Crowdlending, qui permet à l’entreprise de faire appel à un large public d’investisseurs, est également possible, mais il est moins pratiqué dans le cas d’acquisitions en raison des délais plus longs », précise la CEO du bureau de financement The Harbour.

Les entrepreneurs peuvent évidemment aussi attirer des fonds en s’adressant directement à un ou plusieurs investisseurs, mais ils doivent alors leur céder une partie de leurs parts sociales. « Cette solution signifie l’abandon d’une partie de son autonomie, mais la piste peut s’avérer intéressante si l’acquéreur et l’investisseur ont la même vision quant à l’avenir de l’entreprise », ajoute-t-elle. « Quant aux comptables, ils doivent examiner avec l’acquéreur dans quelle mesure les modes alternatifs de financement sont susceptibles d’augmenter les fonds propres, de manière favorable et réaliste. Chez nous, les entreprises rechignent encore à exploiter au maximum cet éventail de financement, mais, aux Pays-Bas, quelque 40 % des fonds nécessaires sont souvent obtenus par le biais de ces formules alternatives. En Belgique, nous en sommes encore loin, mais le nombre d’entrepreneurs qui s’y intéressent croît rapidement en raison des nombreuses transactions conclues fructueusement de la sorte autour d’eux ».
Taxville 2022
Cette année, Taxville Online est prévu le 10 mars 2022. Toute une journée pendant laquelle des experts partageront leur expérience et leur avis sur des sujets tels que l’actualité fiscale, l’intelligence artificielle, les fusions et acquisitions, et bien d’autres sujets.
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